JEUDI 25 MAI 2017   |   www.arlette-grosskost.com

Édito





Renouveler la classe politique et réoxygéner la Démocratie !

 

Comme vous le savez, j’ai décidé, après trois mandats parlementaires, de me retirer en juin prochain et de ne pas être candidate à ma propre succession sur les bancs de l’Assemblée nationale.

Ce choix, mûrement réfléchi, découle d’une conviction profonde, que je me suis forgée au fil de mes rencontres avec mes concitoyens et, je dois bien le dire, à l’aune des récents évènements qui agitent notre famille politique : notre Démocratie est en crise et il est plus que temps de renouveler la classe politique. 

Aujourd’hui, le malaise des citoyens est palpable : faible participation politique, perte de repères idéologiques et sociaux, soupçon de corruption, affaires impliquant des hommes politiques de tous bords, montée des populismes et de l’individualisme… Le Brexit et l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche sont les conséquences de ces inquiétudes qu’éprouvent les populations occidentales à travers le monde. Le constat est simple : les citoyens n’ont plus confiance dans leurs dirigeants politiques et ils doutent de l’efficacité des institutions à répondre à leurs préoccupations.

La réoxygénation de la vie politique est donc un impératif. Elle n’est pas la seule réponse à apporter pour résoudre cette crise. Loin s’en faut. Mais elle est un point de départ essentiel. Au regard de l’ambiance délétère qui plombe l’action publique et du sentiment d’impunité que peuvent parfois ressentir les français vis-à-vis des « puissants », la rénovation de la vie politique est une absolue nécessité.

Pour ma part, pour être très concrète, je pense que la prochaine réforme à mettre en œuvre très rapidement consistera à limiter l’exercice des mandats parlementaires dans le temps. Déjà en 2006, j’avais cosigné une proposition de loi organique de Messieurs Michel Zumkeller et Édouard Jacque allant dans ce sens. Il en va de la vitalité de notre Démocratie. La succession des mandats dans la même fonction sclérose la représentation politique. C’est d’ailleurs la principale raison qui m’a conduit à ne pas être candidate en juin prochain.

Dans ces conditions, une limitation à 3 du nombre de mandats successifs permettrait un renouvellement et une meilleure représentation sociologique des élus au sein des Assemblées parlementaires. La sous-représentation de certaines catégories socioprofessionnelles à l’Assemblée, notamment des professions de l’économie réelle, contribue sans nul doute à alimenter la défiance des Français à l’égard de leurs élus et des institutions. En ne se sentant pas justement représentés, les citoyens ont l’impression d’être tenus à l’écart des décisions. Comment légiférer efficacement sur des thématiques aussi techniques et complexes que l’économie, la fiscalité et le marché du travail si l’on n’a jamais travaillé dans le secteur privé ?

Il en est ainsi des attachés parlementaires qui succèdent à leur député sans expérience professionnelle autre que celle du monde politique.

Il en va de même pour les « hauts fonctionnaires » issus de l’Ecole Nationale d’Administration qui après des études universitaires intéressantes n’en acquièrent pas pour autant l’expérience du terrain. Celle la même qui saurait les rendre plus humbles et ne pas systématiquement les faire passer pour les seuls sachant.     

Que dire de la représentation féminine à l’Assemblée ? Si au cours de la XIVème législature, 155 femmes ont été élues à l’Assemblée nationale, ce qui est un record sous la Vème République, elles ne représentent qu’un quart des députés. Droite comme gauche, reconnaissons que cette lacune transcende les clivages politiques (à l’exception de l’ex-groupe Europe Ecologie les verts) comment peut-on dire que la composition de l’Assemblée ressemble au peuple quand sa moitié est mal, ou pas, représentée ?

En 2012, j’avais également signé la proposition de loi organique sur la modernisation de la vie publique, déposée par Bruno Le Maire, visant, outre la limitation à trois du nombre de mandats nationaux successifs, à interdire le cumul entre la fonction parlementaire et la présidence d’un exécutif local et à réduire le nombre de députés à 450 et le nombre de sénateurs à 250. Cette proposition de loi intégrait également une obligation de démission de la fonction publique en cas d’élection comme député ou sénateur. S’il y a une volonté, baisser le nombre de parlementaires peut être aisé via une loi organique, la Constitution ne prévoyant qu’un plafond de 577 pour les députés depuis la révision constitutionnelle de 2008.

Aujourd’hui, la diminution du nombre de Parlementaires est proposée par l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle. Les Etats-Unis comptent 535 parlementaires pour un pays presque cinq fois plus peuplé que la France. En Allemagne, ils sont 700 parlementaires pour 1,25 fois notre population. Un comparatif avec les pays voisins, s’il est à prendre avec des pincettes, montre bien que notre pays est dans la fourchette haute du nombre de parlementaires par habitants. Grâce à cette réforme, nous pourrions améliorer les moyens des parlementaires pour qu’ils puissent mieux légiférer. La réduction du nombre de sièges doit être intégrée dans une réflexion plus large autour du mandat parlementaire.

Toutefois, le renouvellement de la classe politique ne passe pas seulement par le changement des visages. Il concerne aussi les idées et les pratiques. Comme l’a dénoncé à plusieurs reprises Jean Louis Debré, à trop légiférer pour légiférer, l’action réformatrice est devenue incompréhensible et inaudible. Les lois sont faites dans l’urgence, elles sont brouillonnes et bancales. La politique nécessite un temps long, loin de l’urgence médiatique et de la société du spectacle permanent. Les parlementaires se doivent d’y résister et reprendre de la hauteur.

Gouverner c’est prévoir, les citoyens souhaitent avant tout que le politique fixe un cap et défende un projet mobilisateur. Le renouvèlement des idées passera par la formulation d’une véritable vision pour notre pays, par un langage de vérité et par l’audace des dirigeants politiques. Stop aux postures, aux incantations, aux leurres et aux effets d’annonces. Les français n’en peuvent plus.

Le « réel » non cumul des mandats, que j’ai soutenu, implique l’abandon complet et non de façade des autres mandats, c’est à cette unique condition qu’il permettra dans un premier temps de faire émerger des têtes nouvelles. Puis, je l’espère, de rappeler au Parlement une des fonctions essentielles du pouvoir législatif dans l’équilibre démocratique, son rôle de « contrôleur de l’action de l’exécutif », qu’en France, on a eu tendance à un peu oublier. Car au delà de la rédaction et de l’adoption des lois, le Parlement doit pouvoir jouer son rôle de garde-fou de l’action gouvernementale.

Je souhaite que 2017 soit l’année de la refondation politique et d’un retour de la politique au sens noble du terme. Je rappelle d’ailleurs que le mot « politique » vient du grec politikos, qui veut dire « de la cité ». Retrouvons ainsi le chemin de la politique au sens premier du terme, celle qui fonde le destin collectif de la cité. Il revient aux femmes et hommes politiques, de par leur exemplarité, leur honnêteté et leur efficacité, de rallumer la flamme, de retisser les liens et de retrouver la quête collective de l’intérêt général.

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